"J'ai été surpris par l'absurdité des polémiques" : 1 mois après l'arrivée de Léa Salamé, Stéphane Sitbon-Gomez, numéro 2 de France Télévisions, fait le bilan du "20 Heures" de France 2
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Stéphane Sitbon-Gomez a accordé un long entretien de rentrée à Puremédias. Dans cette première partie, il analyse les scores du "20 Heures" de France 2, désormais présenté par Léa Salamé, et les critiques qui ont accompagné son arrivée.
France 3 coupe la demi-finale du 110 m haies du Français Sasha Zhoya en pleine course. - © BestImage
Cela ne s'était pas produit depuis fin 2022 quand TF1 avait avancé son JT pour retransmettre la Coupe du monde de football au Qatar. "Le 20 Heures" de France 2 a surclassé, ce mercredi 8 octobre 2025, l'édition concurrente présentée par Gilles Bouleau sur TF1. Léa Salamé, qui a pris la relève d'Anne-Sophie Lapix depuis le 1er septembre, recevait Sébastien Lecornu en pleine tempête politique, sous les yeux de 6,81 millions de téléspectateurs, soit 32,4% du public entre 20h12 et 20h39. À l'issue des négociations menées par le Premier ministre démissionnaire avec les différents représentants du paysage politique actuel, Emmanuel Macron a annoncé qu'un nouveau locataire de Matignon - le 6e depuis 2022 - serait nommé par l'Élysée dans les 48 heures. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, livre à Puremédias sa réaction exclusive et dresse - au-delà de cette performance exceptionnelle - le bilan du "programme le plus important" du groupe public depuis la rentrée.
Propos recueillis par Ludovic Galtier Lloret
Qu'est-ce que vous inspire l'audience du "20 Heures" de France 2 de ce mercredi ?Hier, Léa Salamé a battu un record historique pour France 2. Depuis 2006, il y avait eu beaucoup de formules, mais jamais le JT du service public n'avait atteint un tel niveau. C'est la force et la puissance de Léa Salamé qui sait mettre son intelligence au service de l'éditorial.
Avant l'interview du Premier ministre Sébastien Lecornu de ce mercredi 8 octobre 2025, le "20 Heures" de France 2 scorait sous les 20 points de part d'audience moyenne. Il perd dans sa première demi-heure, la partie principale, près de 300.000 téléspectateurs quand on compare les 5 premières semaines d'Anne-Sophie Lapix en 2024 avec celles de Léa Salamé en 2025. Êtes-vous déçu ?Si on regarde depuis la rentrée c'est un succès à tous les niveaux. D'abord contrairement à ce que je lis parfois la case entre 20h-21h est en nette progression par rapport à septembre 2024. Et surtout nous avons enrayé la chute du "20 Heures". Nous étions dans une situation d'alerte. La saison dernière a été pour nous la plus forte baisse historique par rapport à l'année précédente. Anne Sophie Lapix a fait ses adieux devant 3.5 millions de téléspectateurs (3,51 millions, soit 21,1% du public, ndlr) et le journal naviguait autour de 3.3 millions à la fin. Bien sûr, il y a des scores variables selon les jours mais depuis septembre on progresse et la dernière semaine est éclatante.
"L'écart avec TF1, stabilisé autour de 1,5 million de téléspectateurs, s'est accentué ces trois dernières années"L'arrivée de Léa Salamé a été marquée par des séquences critiquées, à l'instar de sa fin d'entretien avec Marion Cotillard... Comment les avez-vous vécues en interne ? Y compris les gens les plus critiques et sarcastiques, tout le monde salue le talent de Léa Salamé. Elle a mis du liant, a travaillé les enchaînements pour montrer le monde au public. J'ai été surpris par l'absurdité de ces polémiques et leur ampleur. C'est quelque chose qui était totalement disproportionné. Les buzz que nous avons eu sur une virgule ou une phrase dans une interview, c'est quelque chose de totalement étonnant. Il faut l'ignorer : haters gonna hate.
Comment expliquez-vous la puissance du "20 Heures" de TF1 dont les incarnations - Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray - font moins parler d'elles ?Un travail de fond a été réalisé par Gilles Bouleau, installé à la présentation du "20 Heures" de TF1 depuis 13 ans. L'écart, aujourd'hui stabilisé autour de 1,5 million de téléspectateurs, s'est accentué ces trois dernières années. Il n'était pas là dès son arrivée en 2012. TF1 récolte les fruits d'une stratégie de long terme. Je suis très impressionné par la qualité de leur travail mais je suis très confiant dans notre capacité à réduire cet écart, à rivaliser.
Comme Gilles Bouleau, Léa Salamé est-elle là pour longtemps dans le fauteuil du "20 Heures" ?On s'inscrit toujours dans la durée. Il faut se mettre à la place du téléspectateur qui, à 20 heures, interrompt son activité, termine le dîner ou prépare son repas devant un rendez-vous d'information. Ce ne sont pas des habitudes qui se changent du jour au lendemain. Ce sont des évolutions qui se font de manière progressive et nous devons nous installer dans ce temps long.
"Nous ne ferons jamais de l'information ou de la télévision pour courir après une virgule de PDA"À l'heure où l'actualité politique s'emballe à nouveau, est-ce concevable de s'inscrire dans une stratégie de long terme avec Léa Salamé, dont le compagnon, Raphaël Glucksmann a participé aux négociations avec le Premier ministre démissionnaire Sébastien Lecornu et pourrait jouer un rôle dans la campagne présidentielle 2027 ?Celui qui fait des pronostics sur l'actualité politique en ce moment se prend pour Nostradamus. Léa a déjà répondu. S'il devait y avoir incompatibilité, elle se mettrait en réserve comme elle l'a fait lors des précédentes élections auxquelles son compagnon était candidat. Après, ce n'est pas à moi de répondre à une question qui ne se pose pas encore.
Sur le fond, la CGT de France Télévisions avait qualifié de "réactionnaire" le "20 Heures" de France 2 dans sa présentation du mouvement "Bloquons tout" le 10 septembre. Que leur répondez-vous ?Nous ne ferons jamais de l'information ou de la télévision uniquement pour courir après une virgule de PDA. Je n'ai pas vocation ni à répondre à la CGT, ni à me prononcer sur le travail qui est effectué par une excellente rédaction. Là où je trouve qu'il y a un procès d'intention qui est fait de manière plus générale, c'est que le service public doit s'intéresser à tous les sujets de la société. Évidemment que c'est à nous de parler de narcotrafic. Évidemment qu'il n'y a pas de sujet tabou pour le service public. J'ai défendu l'arrivée du fait divers dans les programmes de France 2. Les faits divers, ce sont très souvent des faits de société. Mépriser ce qui relève de la vie courante, je pense que c'est une erreur. Notre rôle, c'est de faire rentrer le réel dans la télévision, de faire rentrer la vie quotidienne dans l'information.
publié le 9 octobre, Ludovic Galtier Lloret , Puremédias