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"Je reste en régie" : Après son interview sur LCI, Rachida Dati, qui sera jugée pour corruption, "revient" sans prévenir en plateau pour reprendre Guillaume Roquette

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Quand Rachida Dati surveille la parole des éditorialistes. Quelques minutes après son interview, la ministre de la Culture, invitée ce mardi 22 juillet 2025 sur LCI, a interrompu le débat en cours sur le plateau pour marteler un peu plus ses éléments de langage.

Rachida Dati débarque sans prévenir sur le plateau de LCI - © LCI

Gérald Darmanin au "20 Heures" de TF1, Rachida Dati quelques minutes plus tard sur LCI. Le groupe TF1 a réservé, ce mardi 22 juillet 2025, une place de choix à la communication de deux poids lourds du gouvernement de François Bayrou. Renvoyée en procès avec Carlos Ghosn, ancien patron de Renault-Nissan, pour corruption et trafic d'influence, la ministre de la Culture, invitée de Thomas Misrachi sur le canal 15 de la TNT, a ainsi martelé ses arguments et violemment attaqué les magistrats, dénonçant une "procédure émaillée d'incidents". Elle a notamment mis en cause le procureur de la République financier qui d'après elle l'aurait assuré de son désaccord avec les charges portées contre elle lorsqu'il l'a "reçue deux heures trente dans son bureau" : "J'ai vu droit dans les yeux M. (Jean-François) Bohnert qui m'a dit que son parquet dysfonctionnait". Des propos démentis depuis par l'intéressé.

"Je vous ai entendu Guillaume Roquette"Après cette interview suivie par 352.000 téléspectateurs (2,2% du public) entre 20h43 et 21h12 selon Médiamétrie, le présentateur de LCI a débriefé l'entretien qu'il venait de réaliser avec plusieurs éditorialistes, parmi lesquels Guillaume Roquette. "Il y a une chose dont elle a peu parlé, c'est que Renault, à ma connaissance, est partie civile dans ce dossier contrairement à ce qu'elle vous a indiqué à la fin de l'interview. Elle parlait de l'alliance Renault-Nissan, peut-être qu'il ne s'agit pas de la même structure. Cela va donc être intéressant d'avoir le point de vue de l'entreprise qui aujourd'hui, avec la nouvelle direction, considère qu'il y a eu des honoraires qui n'étaient pas la contrepartie d'un travail réalisé", a rappelé le directeur de la rédaction du "Figaro magazine".Alors que la parole continuait de circuler en plateau, "Rachida Dati revient", a constaté Thomas Misrachi. "Je vous ai entendu Guillaume Roquette. Vous dites que Renault est partie civile", a-t-elle pris à partie l'éditorialiste. Avant de le reprendre avec autorité : "Avec qui j'ai signé mon contrat d'avocat ? Avec l'alliance Renault-Nissan, qui a toutes les implantations d'usines à l'étranger. Renault ne gérait pas les sites à l'étranger", a-t-elle tenu à réaffirmer. "C'est ce que j'ai dit après", a répondu Guillaume Roquette, interrompu de nouveau par la locataire de la rue de Valois : "Renault s'est constitué partie civile parce que Jean-Dominique Senard (président du conseil d'administration de Renault, ndlr) est en règlement de compte avec Carlos Ghosn dont je suis l'otage. Mais il n'a jamais été entendu par la justice (...) Renault-Nissan dit qu'elle n'a pas de préjudice et Renault aurait un préjudice. Qu'il vienne bien à l'audience, il va être reçu. Il n'est pas concerné par mon dossier", a assuré la ministre restée debout pendant son échange direct avec l'éditorialiste."Vous accusez M. Senard de régler ses comptes avec Carlos Ghosn à travers vous ?", a tenté de comprendre Guillaume Roquette. "Sur ce dossier, évidemment. Lui se dit qu'enfin, il fera condamner M. Ghosn sur mon porte-bagage. Bah non ! Renault n'est pas concernée. J'ai signé un contrat d'avocat avec Renault-Nissan. C'est tout, il y avait rien d'autre ?", a-t-elle mis un terme à son intervention. "Écoutez, si vous estimez que c'est tout, vu que vous avez pris le contrôle de ce plateau...", a reconnu Thomas Misrachi, qui à aucun moment n'a interrompu la ministre. "Je reste en régie", a fini par conclure Rachida Dati. Puremédias vous propose de visionner la séquence révélatrice du rapport aux médias de la ministre.

Rachida Dati sera jugée pour corruption et trafic d'influenceDans ce dossier, Rachida Dati est soupçonnée d'avoir perçu 900.000 euros entre 2010 et 2012 pour des prestations de conseil actées dans une convention d'honoraires signée le 28 octobre 2009 avec RNBV, filiale de l'alliance Renault-Nissan, mais sans avoir réellement travaillé, alors qu'elle était avocate et députée européenne (2009-2019). La ministre, âgée de 59 ans, sera jugée pour recel d'abus de pouvoir et d'abus de confiance, corruption et trafic d'influence passifs par personne investie d'un mandat électif public au sein d'une organisation internationale, le Parlement européen. "Nous allons faire appel dès aujourd'hui de cette décision", ont déclaré à l'AFP deux des avocats de Rachida Dati, Me Olivier Baratelli et Olivier Pardo, dont l'un des nombreux recours sur la prescription des faits qu'ils allèguent a encore été écarté mi-juillet.Les magistrats instructeurs estiment dans leur ordonnance signée mardi dont l'AFP a eu connaissance que ce qu'a fait Rachida Dati au Parlement européen "s'apparente à du lobbying", ce qui "paraît incompatible tant avec son mandat qu'avec la profession d'avocat". La convention d'honoraires aurait pu servir à masquer cette activité, répondant à des "mécanismes de dissimulation", soulignent les juges.D'abord placée sous le statut plus favorable de témoin assisté, Rachida Dati a été mise en examen en juillet 2021. Mardi soir, elle a assuré de la réalité de son travail d'avocate et contesté tout lobbying au Parlement européen : "Président du plus grand groupe industriel automobile au monde, président des constructeurs européens, vous pensez que Carlos Ghosn avait besoin de moi ?", a-t-elle interrogé.

"Rachida Dati menace et fait pression sur la presse en toute impunité"Accusée également début juin par le "Nouvel Obs" et "Complément d'enquête" sur France 2 d'avoir perçu 299.000 euros de GDF Suez quand elle était eurodéputée, sans en déclarer la provenance au Parlement européen, Rachida Dati a dénoncé des accusations "diffamatoires". Elle avait auparavant tenté de faire pression sur les équipes de "Complément d'enquête", ce qui n'avait eu "aucune répercussion" sur le numéro diffusé le 5 juin dernier, avait assuré Tristan Waleckx, présentateur de l'émission d'investigation de France 2, auprès du "Monde".

Mise à jour du 23 juillet 2025 : Rachida Dati n'en serait pas à son coup d'essai : la ministre de la Culture "menace et fait pression sur la presse en toute impunité", a écrit "Mediapart" au lendemain de cette séquence. Le journal d'investigation a raconté en effet dans un article que Camille Langlade, la directrice de la rédaction de BFMTV, aurait été insultée par la conseillère spéciale de la ministre, Emmanuelle Dauvergne, après qu'une équipe de la chaîne info - qui suivait la ministre lors d'un "déplacement culture" à Fontainebleau le 6 juin dernier - a interpellé l'ancienne eurodéputée sur les révélations de "Complément d'enquête". Auprès de "Mediapart", Camille Langlade, a démenti "formellement" toute pression de Rachida Dati, dont l'entourage reconnaît pourtant s'être plaint auprès de la direction de la chaîne de la question de BFMTV.

publié le 23 juillet, Ludovic Galtier Lloret , Puremédias

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