Jean-Baptiste Marteau, joker de Léa Salamé au "20 Heures" de France 2 : "J'arrive avec une grosse responsabilité sur les épaules"
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Jean-Baptiste Marteau a accordé à Puremédias un entretien quelques heures avant sa prise d'antenne en qualité du joker du "20 Heures" de France 2.
Générique du "20 Heures" de France 2. - © Nathalie GUYON
Il l'a présenté pour la première fois le temps d'un week-end, au cours de l'été 2015 et l'a incarné des centaines de fois depuis. Jean-Baptiste Marteau, nommé joker après le départ de Julien Arnaud pour BFMTV, prend dès ce mercredi 22 octobre 2025 les commandes du "20 Heures" de France 2 pendant les congés de Léa Salamé. Son arrivée intervient à l'heure où les JT de la Deux traversent une zone de turbulences après une "erreur d'importance" - la confusion des contextes qui ont conduit à l'assassinat des enseignants Dominique Bernard et Samuel Paty - commise à "13 Heures" et à "20 Heures" le 13 octobre dernier. Une enquête interne a été ouverte.
Propos recueillis par Ludovic Galtier Lloret
Puremédias : Vous avez été nommé joker officiel de Léa Salamé au "20 Heures" de France 2. Comment l'appréhendez-vous ?Jean-Baptiste Marteau : Le "20 Heures" est un rendez-vous très fort avec les Français, c'est le principal rendez-vous d'information de France Télévisions. Être appelé à en être l'un des visages, même ponctuellement, c'est une grande responsabilité et une marque de confiance de la part de la direction de l'information et de la direction du groupe. À moi d'être à la hauteur dans la justesse du ton, dans la fiabilité de l'information. Si je peux contribuer à renforcer le lien entre le "20 Heures" et les téléspectateurs, ce sera déjà beaucoup. Si je porterai tout le travail de la rédaction - ce n'est pas du tout un rendez-vous individuel - j'arrive avec une grosse responsabilité sur les épaules, j'en ai parfaitement conscience.
"Je n'ai aucun regret à ne pas avoir été titularisé à 'Télématin'"Vous ne serez donc plus joker de "Télématin". Vous êtes-vous remis de votre "très grande déception" de l'an passé de ne pas avoir été titularisé ?Il n'y a aucun regret. "Télématin", c'était une formidable école, j'y ai travaillé le lien avec le public, à être davantage anchorman que simple présentateur. Mais aujourd'hui, c'est une autre page qui s'ouvre avec la matinale de Franceinfo d'un côté et le "20 Heures" de l'autre pendant les congés de Léa Salamé.
Le joker doit-il être dans le mimétisme du titulaire ? Autrement dit, allez-vous devoir lancer le journal assis comme Léa Salamé ?Le lancement des titres et l'organisation du journal seront les mêmes. Le "20 Heures", ce n'est encore une fois pas un plateau personnel. Je serai donc dans la continuité absolue de ce que fait Léa toute l'année. Mon style est évidemment différent. Mais comme elle, je tiens évidemment à ce que chaque lancement soit vivant, clair, humain et rigoureux journalistiquement. Nous sommes vraiment là pour donner les clés pour comprendre le monde.
Aurez-vous autant d'invités pendant les vacances scolaires ?Il y aura tous les rendez-vous du "20 Heures" que l'on connaît depuis la rentrée et, bien sûr, des invités en fonction de l'actualité. C'est la richesse de cette édition que de pouvoir être extrêmement réactive. Nous conservons les mêmes principes avec une possibilité d'intégrer des invités, y compris assez tardivement dans la journée si l'actualité le nécessite. Si ce n'est pas le cas, nous profiterons de cette période de congés pour découvrir certains grands formats qui ont été préparés en amont, à la fois par les équipes de la rédaction et celles des magazines de l'info ("Envoyé spécial", "Nous, les Européens", ndlr). Il y aura donc parfois peut-être un tout petit peu moins de contenus que ce que peut présenter Léa habituellement, mais nous n'avons pas du tout une ambition allégée.
"Tout est déjà prévu au cas où Léa Salamé devrait se mettre en retrait"Aviez-vous candidaté pour la place de titulaire, notamment entre l'annonce du départ d'Anne-Sophie Lapix et le refus de Caroline Roux, premier choix de la direction ?Non, cela n'a pas été une question.
Espérez-vous une candidature de Raphaël Glucksmann à la présidentielle 2027, auquel cas vous remplaceriez Léa Salamé, sa compagne, pendant toute la campagne...J'espère d'abord que s'il se déclare, il le fera sur le plateau du "20 Heures" de France 2 (sourire). Pour le reste, franchement, nous ne sommes pas du tout dans cette hypothèse-là, qui est du registre du commentaire médiatique et politique. Léa l'a déjà dit plusieurs fois, si cette éventualité venait à se produire un jour, elle prendrait ses responsabilités. Nous saurons faire face et tout est déjà prévu. Il n'y aura pas de surprise.
À ce sujet, en tant que journaliste, comprenez-vous les interrogations de conflit d'intérêts qu'a pu nourrir la nomination de Léa Salamé ?Quand nous faisons ce métier, à cette place exposée, nous connaissons les règles et savons que nous pouvons être critiqués. Ceci dit, il y a beaucoup de mauvaise foi et parfois de la violence vis-à-vis de Léa, qui a un style très incarné, une force et une singularité. Ce que je sais surtout, c'est qu'elle travaille énormément, que c'est une très grande professionnelle. Je la connais depuis longtemps. J'ai travaillé avec elle sur "L'émission politique" en 2017.
"Nous ne sommes pas des machines"Malgré tout, la machine semble grippée après l'erreur répétée à deux reprises le 13 octobre dernier. Les organisations syndicales, qui pointent le fait que France 2 avait connaissance de cette confusion dès le "13 Heures", ont demandé un rendez-vous à la direction. Qu'est-ce que vous inspire ce raté ?France 2 a eu la réaction qu'il fallait en reconnaissant son erreur et en présentant ses excuses aux téléspectateurs. Personne n'est à l'abri, le risque zéro n'existe pas. Cela ne justifie rien pour autant, évidemment.
Une enquête interne a été lancée par Delphine Ernotte. Qu'en attendez-vous et comment allez-vous vous prémunir de ces erreurs ?Il faut comprendre ce qui n'a pas fonctionné pour s'améliorer et pour que cela ne se reproduise plus. À titre personnel, je prends déjà énormément de précautions que ce soit dans "La matinale" de Franceinfo comme au "20 Heures" de France 2. Nous nous devons d'être extrêmement rigoureux, de tout vérifier, de multiplier les regards pour valider des décisions. Malgré cela, personne n'est infaillible. Nous ne sommes pas des machines. Et cela peut toujours arriver.
Cette erreur n'est-elle pas l'arbre qui cache la forêt ? Dans son communiqué, le SNJ parle "dysfonctionnements internes inquiétants"...Je vois tous les soirs un journal avec un choix de sujets extrêmement variés dans nos thèmes et nos reportages. Le reste, je laisse ça aux commentaires des uns et des autres.
"La matinale" de Franceinfo est la seule totalement généraliste parmi les chaînes info"Entre le 1er septembre et le 21 octobre 2025, Léa Salamé a informé en moyenne, selon Médiamétrie, 3,80 millions de téléspectateurs en P1 (20,0% du public) et 3,69 millions de téléspectateurs (18,8% du public) du lundi au jeudi. Pour rappel, entre le 9 septembre et le 17 octobre 2024, Anne-Sophie Lapix avait présenté l'actualité auprès de 3,99 millions de téléspectateurs (20,4% du public) en P1 et 3,44 millions de téléspectateurs (16,7% du public) en P2. Ce qui fait dire aujourd'hui à Stéphane Sitbon-Gomez, numéro 2 de France Télévisions, que non pas le "20 Heures" mais la case 20h-21h de France 2 est en hausse sur un an. Vous allez devoir tenir la même cadence...C'est toujours pareil pour les audiences. Le but du service public, c'est d'abord de faire un journal différent, ambitieux. Après, évidemment, si le service public n'est pas regardé par le public, il y a quelque chose qui ne va pas. Je vais essayer de m'inscrire dans les chiffres qui sont ceux de Léa depuis la rentrée, je les trouve extrêmement encourageants, satisfaisants. Bien sûr, nous avons toujours envie de faire mieux.
Quel bilan d'audience tirez-vous des deux premiers mois de la matinale de Franceinfo ?Nous sommes très souvent troisième chaîne info devant LCI, et parfois pas loin de la deuxième entre 6h30 et 8h30. Je suis content du travail que nous avons fait. Nous sommes la seule matinale totalement généraliste. J'ai un nombre de sujets traités à l'antenne qui est impressionnant. Tous les jours, c'est une vingtaine de thèmes différents que nous abordons. Maintenant, nous devons continuer à innover sans nous trahir avec rigueur, pédagogie et chaleur.
publié le 22 octobre, Ludovic Galtier Lloret , Puremédias