"Multiplication de brèves à clics faciles", "trop de people" : Neuf mois après son arrivée à "L'Equipe" Matthias Gurtler (ex-"Gala") visé par une motion de défiance de la rédaction
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Trois jours après le rejet massif du plan de réorganisation voulu par la direction, les journalistes du quotidien sportif ont voté une motion de défiance visant directement le directeur des rédactions arrivé en février en provenance de "Gala".
Matthias Gurtler - © Abaca, Zabulon Laurent/ABACA
Ambiance électrique au sein du premier quotidien sportif français. Selon "Le Monde", une motion de censure a visé jeudi 13 novembre Matthias Gurtler, directeur des rédactions de "L'Équipe". Lors d'une assemblée générale, 92,8 % des votants ont déclaré ne pas avoir confiance en sa capacité à "mener la réorganisation, à préserver les emplois et à protéger la ligne éditoriale des titres" du journal. Sur environ 350 journalistes, 250 ont pris part au scrutin : un désaveu massif.
Un plan de transformation rejeté par la rédaction Arrivé en février après avoir dirigé le magazine "Gala", Matthias Gurtler n'a jamais totalement rassuré en interne. Son profil extérieur au monde du sport et son style jugé interventionniste, notamment sur certaines enquêtes sensibles - dont l'une concernant Didier Deschamps - ont nourri les tensions. Sa nomination, pensée pour moderniser le journal et attirer un public plus large, avait déjà suscité de fortes réserves de la Société des journalistes (SDJ).
Cette nouvelle motion intervient dans un contexte déjà brûlant. En début de semaine, les salariés ont en effet rejeté à 88,42 % le vaste plan de transformation présenté par la direction. Sur 259 votants, seuls 10,04 % ont approuvé la réforme, destinée à repositionner "L'Équipe" comme un média d'abord numérique, avec une déclinaison imprimée. Un changement stratégique majeur censé porter le journal à 500.000 abonnés digitaux d'ici 2030, grâce à une offre enrichie, des partenariats avec Ligue 1+ et Eurosport, et un site renforcé.
Mais pour la rédaction, la méthode ne passe pas. Selon les chiffres communiqués en interne, 91% des journalistes disent craindre pour "le devenir de la ligne éditoriale". Dans un message adressé aux salariés que Puremédias a pu consulter, la SDJ décrit un "immense mal-être" lié autant au projet qu'aux "dérives éditoriales" observées ces derniers mois. Parmi les critiques les plus fréquentes : une "multiplication des brèves à clics faciles", "trop de people", un risque de "perte d'ADN", ou encore une "complaisance croissante avec les annonceurs". Certains redoutent même un "virage inquiétant vers l'intelligence artificielle".
Face à la grogne, une inspectrice du travail s'est rendue au CSE le 6 novembre pour obtenir des précisions sur le projet. Car sur le plan social aussi, les inquiétudes s'accumulent. Le projet prévoit la suppression de six postes d'éditeurs et de deux postes de correcteurs, compensées par six nouvelles créations : un solde final de deux postes supprimés, malgré les assurances de la direction. Plusieurs non-remplacements depuis le début de l'année aggraveraient encore la situation. Le secrétaire du CSE, Ralf Woodall, évoque un "plan social déguisé" et dénonce une direction "qui fait comme si de rien n'était".
publié le 14 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias