Multiplication des Unes Canal+ chez Télé-Loisirs : "Je favorise les programmes forts du PAF", justifie Gérald-Brice Viret, DG de Canal+ France
temps de lecture 3 minutes
La couverture du prochain numéro de "Télé-Loisirs" est consacrée à Franck Gastambide et à "Validé", production signée du groupe contrôlé par le groupe Bolloré.
Eric Zemmour répond aux rumeurs sur ses ambitions présidentielles - © Mat Ninat Studio/CANAL+
Gérald-Brice Viret persiste et signe. À peine nommé à la tête de certains pôles de Prisma Media, le numéro 2 de Canal+ avait passé pour "consigne" de mettre en place des "synergies" entre le groupe contrôlé par Vincent Bolloré et le leader de la presse magazine. Il avait ainsi pesé de tout son poids pour faire changer une couverture de l'hebdomadaire "Télé-Loisirs" afin de valoriser Benjamin Lavernhe, héros avec Pierre Lottin du film "En fanfare" diffusé en prime time sur la chaîne cryptée, et futur maître de cérémonie des César. La rédaction du titre, comme d'autres, ont très vite déploré "l'interventionnisme débridé" de leurs dirigeants. Ce qui n'empêche pas le vice-président de Prisma Média et son équipe de poursuivre leur oeuvre en consacrant, par exemple, la prochaine Une de "Télé-Loisirs" à la série "Validé" de Franck Gastambide, disponible en exclusivité sur Canal+ dès le 17 novembre.
Méfiance des salariés à l'encontre de ce "basculement"Interrogé par nos confrères du "Monde" sur ce recyclage, l'homme de confiance de Vincent Bolloré s'est défendu de mettre du Canal+ à tous les étages. "Je favorise simplement les programmes les plus forts du paysage audiovisuel français, c'est mon devoir", a-t-il simplement assuré. Le dirigeant à la double casquette dément le terme d'"interventionnisme", mais reconnaît pour autant "avoir donné l'opportunité d'avoir la une" consacrée à Florence Foresti, mise en avant pour "Boys, Boys, Boys", son spectacle... en rediffusion sur CStar avec la republication d'une interview qui remonte à l'an passé. "Télé 2 semaines", autre titre du pôle TV du groupe Prisma, avait mis le curseur dans la foulée sur Baptiste Lecaplain, Jérémy Ferrari et Arnaud Tsamère, dont "le spectacle de tous les records arrive sur Canal+". "C'est gagnant-gagnant pour le journal et pour le groupe", estime Gérald-Brice Viret.
Ses arguments laissent froids les salariés du groupe, lesquels constatent "un basculement" depuis la nomination de fidèles de Vincent Bolloré en haut de l'organigramme. "Depuis la fin de l'été, c'est comme si le rachat (par Vivendi en 2021, ndlr) venait de devenir effectif", décrit une salariée, citée par "Le Monde". "Il y a une grosse pression pour mettre du Canal+ à tous les étages", constate de son côté, Emmanuel Vire, le délégué syndical SNJ-CGT. "Pour l'instant, ça n'est pas de l'interventionnisme idéologique comme ailleurs dans le groupe, mais ça reste un mauvais signal". La colère gronde donc dans les rédactions, qui réfléchissent à des actions pour contrer cette dynamique.
A lire aussi : Gérald-Brice Viret impose une double page sur le cardinal François Bustillo, écrite par une journaliste de CNews, dans les colonnes de "Femme actuelle"
"Le début de la guerre éclair"Le 8 octobre dernier, une assemblée générale s'est tenue au siège de Prisma à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) en présence de 350 salariés sur les 750 que compte l'entité, relatait à l'époque "Le Monde". Les syndicats CFDT et CGT, à l'origine du rassemblement, avaient écrit le tract suivant pour appeler à la mobilisation : "Quatre ans de tranquillité et puis... le départ de Claire Léost, l'arrivée d'Arnaud Lagardère, et c'est le début de la guerre éclair : interventionnisme débridé et cost-killing à tous les étages".Autre conséquence de ce "cost-killing" dénoncé en interne, le gel des piges a été acté jusqu'à la fin de l'année sur tout le pôle "Femme", géré par Gérald-Brice Viret, forçant certains titres à faire une croix sur des articles et à réduire le nombre de pages leurs éditions.Pour rappel, un PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) visant 54 postes (dont 27 postes de journalistes) est en effet en cours au sein du groupe. Une phase de départs volontaires a été ouverte entre le 18 août et le 10 octobre.
publié le 9 novembre, Olivier Cortinovis , Puremédias