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Pourquoi "Complément d'enquête" a supprimé en dernière minute une séquence de son enquête sur CNews ?

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À quelques heures de la diffusion de son numéro consacré à CNews, France 2 a été contrainte de retirer une séquence entière de "Complément d'enquête". En cause : une mise au point tardive de l'Arcom, venue contredire frontalement les accusations de Reporters sans frontières. Un retournement de situation inédit.

Bande-annonce du numéro de "Complément d'enquête" sur CNews - © France 2

C'était une émission très attendue. France 2 consacrait, ce jeudi 27 novembre, un numéro de "Complément d'enquête" à CNews, présentée comme un "phénomène d'audience" autant "que la chaîne la plus sanctionnée du paysage audiovisuel". Une diffusion qui intervient dans un contexte déjà explosif, alors que les médias du groupe Bolloré sont assignés en juste pour "dénigrement" par France Télévisions et Radio France. "C'est la rançon de la gloire. Si vous ne voulez pas être attaqué, vous ne faites pas de la télévision, vous ne vous mettez pas en première ligne", avait réagi Pascal Praud jeudi matin sur CNews.

CNews accusé de "tricherie" sur le pluralisme politique Mais un changement de dernière minute a crée en vent de panique chez France Télévisions, à quelques heures de la diffusion. Comme l'a révélé "Le Parisien", la chaîne publique a dû procéder en urgence à un montage express, après la publication d'un démenti ferme de l'Arcom. La veille, dans une enquête publiée sur son site, Reporters Sans Frontières affirmait que CNews accordait en journée 40,6 % d'exposition à l'extrême droite, contre 15,4 % à la gauche. L'ONG décrivait aussi un supposé "rattrapage nocturne" : des diffusions massives, la nuit, de discours de personnalités de gauche, afin de respecter artificiellement les règles du pluralisme.

Des données citées dans l'émission d'investigation présentée par Tristan Waleckx, en tout cas dans la première version montrée ce mercredi à un panel de journalistes - une projection à laquelle Puremédias a pu assister. Mais ce jeudi, le régulateur a balayé ces conclusions : "Il n'y a pas de contournements des règles du pluralisme politique sur le mois de mars 2025 sur CNews, et s'il y en avait eus, nous les aurions identifiés et nous serions intervenus", a déclaré l'Arcom à l'AFP. Et de préciser : "Nos résultats ne sont pas ceux de RSF. Nous n'avons pas de doute."

Résultat : toute la séquence consacrée au temps de parole nocturne - "quelques minutes", précise "Le Parisien" - a été purement et simplement supprimée. Dans un communiqué, la chaîne assume : "Étant dans l'impossibilité technique de rajouter cet élément contradictoire aussi près de l'heure de diffusion de l'émission, nous n'avons eu d'autre choix que de couper la séquence concernée. Notre priorité étant toujours de respecter le contradictoire."

L'ONG n'a pas tardé à réagir. Dans un communiqué transmis à l'AFP, RSF "déplore les dénégations de l'Arcom" et "maintient tous ses chiffres et ses conclusions". L'organisation estime que "le régulateur conteste manifestement, sans fournir de chiffres en appui de sa démonstration, un unique sous-élément d'une des trois dimensions mesurées du pluralisme". Elle insiste aussi sur la méthodologie employée : "La gauche représentait 60 % du temps d'antenne la nuit quand elle n'est plus qu'à 15 % en prime time", écrit-elle, tandis que l'extrême droite atteignait "près de 41 % en prime time contre 1,62 % la nuit".

Malgré ce retrait express, "Complément d'enquête" a conservé l'essentiel de son sujet : la ligne éditoriale de CNews, l'omniprésence des thématiques liées à l'immigration, à l'insécurité et aux questions identitaires, ou encore la faible diversité des intervenants. Le magazine rappelle que la chaîne a fait l'objet de "8 sanctions et 6 mises en demeure" de l'Arcom ces dernières années. Il revient également sur les accusations selon lesquelles CNews serait devenue un média d'opinion ciblant notamment les musulmans.

RSF, qui avait annoncé mercredi vouloir saisir l'Arcom pour "tricherie" sur les règles du pluralisme, ne renonce pas. L'ONG affirme que le régulateur "n'apporte pas de réponse sur les déséquilibres constatés (...) sur les autres dimensions étudiées" et s'étonne "des modalités et de la temporalité de la communication par voie de presse du régulateur".

publié le 28 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias

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