Divertissements

"Pourquoi nous ne pouvons pas céder, même à vous" : La direction de Radio France refuse d'écarter Charles Sapin de l'antenne de France Inter

temps de lecture  3 minutes

L'arrivée du directeur adjoint de la rédaction de "Valeurs actuelles" au sein de la station publique avait incité hier ses salariés à voter la grève.

Patrick Cohen s'inquiètant de la crise dans le monde des médias le 18 juin 2026 sur France Inter. - © France Inter, Capture d'écran France Inter.

Charles Sapin conservera-t-il sa chronique hebdomadaire du dimanche sur France Inter, lui qui a proposé son tout premier billet le 30 août ? Ce n'est en tout cas pas ce que souhaitent les salariés de Radio France, pour lesquels l'arrivée sur la station publique du directeur adjoint de la rédaction de "Valeurs actuelles" est inenvisageable. Mercredi 2 août, ces derniers, rassemblés en assemblée générale, ont exigé le retrait de la chronique de la nouvelle recrue et annoncé le dépôt imminent d'un préavis de grève. "Le pluralisme ne peut servir de prétexte à la légitimation de toutes les paroles", peut-on lire dans la motion rédigée hier et adressée à Céline Pigalle, patronne de France Inter, et Sibyle Veil, présidente de Radio France.

Charles Sapin reste sur France InterDans un mail interne envoyé par le directeur éditorial de Radio France Vincent Meslet aux équipes ce jeudi 3 septembre, et auquel Puremédias a eu accès, la direction donne ce jour une réponse : Charles Sapin va rester sur France Inter. "Hier s'est réunie une assemblée générale qui a dit l'incompréhension et le malaise qui peuvent exister devant l'arrivée de Charles Sapin comme éditorialiste, une fois par semaine, dans la matinale de France Inter. Ce ressenti est légitime, et il ne nous est pas étranger, assure dans un premier temps le dirigeant, qui assure comprendre "l'usure" des salariés qui travaillent depuis deux ans "sous soupçon permanent", et pour lesquels "chaque erreur transformée en procès." Pour Vincent Meslet, les salariés de Radio France se rebellent contre un "symbole" plus qu'un homme : "Le numéro deux de la rédaction d'un journal condamné par le passé pour injures racistes, sur l'antenne du service public, à l'entrée d'une année électorale : ce symbole, nous ne le minimisons pas. Mais à ce stade, le procès fait à Charles Sapin repose sur des intentions supposées, non sur des faits, des actes ou des chroniques précises", a-t-il ainsi assuré, arguant que les récentes interventions de Charles Sapin "sur nos antennes ces dernières années" "n'ont jamais posé de problèmes".

Pour Vincent Meslet, accepter de revenir en arrière en congédiant Charles Sapin serait une erreur. "Regardons aussi l'autre symbole, celui que nous enverrions en reculant. Celui d'un service public qui décide qui a le droit de parler, et qui retire une voix avant même qu'elle ait parlé, au nom d'une intention qu'on lui prête. Ce n'est plus juger des faits. C'est condamner par avance", a-t-il ainsi affirmé. "Voici pourquoi nous ne pouvons pas céder, même à vous. Depuis deux ans, on nous réclame des têtes. Celle d'un humoriste, exigée par une ministre à l'Assemblée nationale : nous l'avons maintenu à l'antenne, et il a même obtenu une émission supplémentaire. Celles de Patrick Cohen et de Thomas Legrand, après une manipulation grossière : nous les avons défendus dans chacune de nos auditions, même lorsque nous pouvions avoir avec eux des approches différentes.", a-t-il notamment argumenté. Ces têtes-là, c'étaient les vôtres. Nous n'en avons livré aucune. Si nous livrons celle-ci parce que la demande vient de l'intérieur, nous n'aurons plus rien à opposer la prochaine fois qu'elle viendra de l'extérieur. Et elle viendra. La règle qui protège Charles Sapin aujourd'hui est exactement celle qui vous a protégés hier et qui vous protégera demain. Une indépendance qui ne s'exerce que vers l'extérieur n'est pas une indépendance : c'est un confort."

"Il n'y aura aucune tolérance, pour Charles Sapin comme pour tous"Vincent Meslet ajoute que cette décision est la meilleure à prendre à l'aube d'une année présidentielle où rien ne sera épargné au service public. "Dans la période qui s'ouvre, nous devrons être irréprochables. La crise financière rendra chaque euro public plus discuté, chaque mission plus questionnée. Nous devrons démontrer notre utilité, notre rigueur et notre impartialité [...] Le service public doit être un lieu qui fabrique du commun, une capacité à continuer de se parler malgré les désaccords. Guerre et culture sont deux mots qui ne vont pas bien ensemble. Nous ne serons pas un camp." Le directeur éditorial de Radio France ajoute qu'en cas de faux pas, Charles Sapins sera immédiatement sanctionné : "Face au racisme, à l'antisémitisme, à l'islamophobie, à la haine, à la remise en cause des droits fondamentaux, au climatoscepticisme, il n'y aura aucune tolérance, pour Charles Sapin comme pour tous. Et si 'Valeurs actuelles' devait retourner à ses démons, nous en tirerions les conséquences sans délai. On ne condamne personne avant qu'il ait parlé. On ne passe rien après", a-t-il précisé.

publié le 3 septembre 2026 à 11h50, Fanny Petoin , Puremédias

Les commentaires ne sont plus disponibles sur les articles Orange.fr. Cliquez ici pour en savoir plus

Fermeture des commentaires

Chères lectrices, chers lecteurs,

Vos avis sont précieux pour faire vivre l'actualité sur Orange.fr. Nous tenions cependant à vous informer que l'espace « commentaires » de nos articles sera suspendu à partir du 29 septembre 2026. La lecture et la publication de messages ne seront plus possibles. Mais rassurez-vous, nos équipes sont mobilisées pour tenter de rétablir cette fonctionnalité.

Bien entendu, vous pourrez continuer à profiter de l'ensemble de vos articles habituels.

Nous vous remercions chaleureusement pour votre fidélité et votre compréhension.

L’équipe éditoriale Orange

Liens commerciaux