"Répéter l'intrigue 3 à 4 fois dans les dialogues" : Matt Damon révèle les exigences de Netflix pour aider "les gens qui sont sur leur téléphone pendant qu'ils regardent le film"
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L'acteur américain est actuellement à l'affiche de "The Rip", qui cartonne au sommet des films les plus visionnés du moment sur la plateforme de streaming.
La bande-annonce de "The Rip". - © vidéo : Netflix / photo : Photo Press Service / BESTIMAGE
Matt Damon a toutes les raisons de se réjouir. Son dernier thriller "The Rip", pour lequel il forme un duo d'enfer avec son meilleur ami d'enfance Ben Affleck, truste la première place du classement des films les plus visionnés du moment sur Netflix. Pourtant, invité dans le célèbre podcast de Joe Rogan, le comédien américain a épinglé les recettes acculées par la plateforme de streaming pour tirer son épingle du jeu face aux productions de cinéma. "La norme lorsque l'on fait un film d'action, c'est généralement d'avoir trois moments forts. Un dans le premier acte, un dans le deuxième, et un dans le troisième. Et l'essentiel du budget est dépensé dans le dernier acte, car c'est le grand final", explique-t-il dans cet entretien. Or, Netflix a passé une consigne pour que ses abonnés ne soient pas tentés de scroller sur leur téléphone en même temps qu'ils visionnent le film dans leur canapé. Ou alors qu'ils le regardent en lecture accélérée.
5 minutes pour convaincre"Netflix se dit : 'Est-ce qu'on peut avoir un gros coup de théâtre dans les cinq premières minutes ?'. On veut que les gens restent captivés", révèle le producteur du long-métrage. Il ne faut en effet pas attendre plus de deux minutes pour qu'une scène spectaculaire vienne secouer les spectateurs de "The Rip". Autre exigence demandée par le géant américain dans ce même souci de capter l'attention d'un public versatile : "Répéter l'intrigue trois ou quatre fois dans les dialogues, car les gens sont sur leur téléphone pendant qu'ils regardent le film'".. "Cela va vraiment commencer à empiéter sur la façon dont nous racontons des histoires", s'inquiète Matt Damon.
Son camarade, avec qui il s'est révélé dans "Will Hunting" en 1997, nuance un peu ses propos en notant des exceptions à ces nouveaux standards imposés par Netflix. "Quand vous regardez Adolescence, ça n'a rien à voir avec cette me***. Et c'est sacrément bien, et sombre également. (...) On a de longs plans fixés sur leur nuque. Ils montent dans la voiture, et personne ne parle", apprécie Ben Affleck, qui note que "l'on n'est pas obligés" d'appliquer cette recette pour connaître le succès. La fiction britannique a en effet tout raflé aux derniers Golden Globes en remportant six trophées, dont celui de la mini-série de l'année.
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Des modes de consommation "morbides" déjà dénoncésDans un essai incisif, baptisé "Netflix, l'aliénation en série", le producteur Romain Blondeau avait tiré à boulets rouges sur la plateforme créée par Reed Hastings et ses considérations mercantiles. Il s'était érigé contre ces nouveaux modes de consommation "morbides" et la stratégie du géant pour s'y adapter : "Voir des gens chevillés à leurs appareils connectés, dans leur salon, je ne pense pas que ce soit synonyme de progrès. Netflix, en cherchant sans cesse à capter notre attention par tous les moyens, est le fer de lance du capitalisme attentionnel". L'ex-critique de cinéma, qui a rangé les stylos pour les caméras, décrivait "une bible de 69 pages destinée aux scénaristes engagés sur des projets de la plateforme, qui décline les critères essentiels, selon elle, pour faire une bonne série, notamment du point de vue de la caractérisation des personnages et de la gestion de l'intrigue".
Parmi les conseils de formatage de scénarios : des cadences ultra accélérées, des plans de vingt secondes maximum, des explications simples qui évitent que les téléspectateurs se posent des questions ou encore une note qui recommande de faire dire aux personnages ce qu'ils viennent de faire. Un pamphlet qui fait écho à la critique de Matt Damon.
publié le 21 janvier, Olivier Cortinovis , Puremédias