"Une entreprise orchestrée de déstabilisation" : France Télévisions et Radio France réclament 1,5 million d'euros de dédommagement à CNews, à Europe 1 et au "JDD"
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Les deux groupes publics ont assigné en justice trois médias de la galaxie Bolloré pour "dénigrement" et "campagne coordonnée de déstabilisation". Une démarche qui provoque l'agacement du gouvernement et attise encore un peu plus les tensions entre les groupes.
Cyril Hanouna appelle à privatiser l'audiovisuel public. - © Abaca
1,5 million d'euros : c'est le montant total que France Télévisions et Radio France réclament à CNews, Europe 1 et "Le Journal du dimanche" dans les deux assignations déposées le 10 novembre devant le tribunal des affaires économiques de Paris, a révélé "Le Figaro". Les groupes publics reprochent aux médias du groupe Bolloré une "entreprise orchestrée de déstabilisation" et une série d'attaques répétées portant atteinte à leur réputation.
Des "propos dénigrants systématiques et répétitifs"Une démarche judiciaire qui a immédiatement provoqué l'agacement de la ministre de la Culture, Rachida Dati : "les tutelles auraient dû être informées", a-t-elle regretté lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale ce mercredi. rappelant que cette action n'avait "en aucun cas été concertée" avec l'État actionnaire, "et encore moins approuvée par les tutelles".
Dans leurs assignations, que "Le Figaro" a pu consulter, France Télévisions évoque une "campagne coordonnée de dénigrement particulièrement virulente", menée de manière "structurée et persistante", visant à "déstabiliser économiquement et institutionnellement le groupe public". Radio France déplore pour sa part des "propos dénigrants systématiques et répétitifs", martelés sur les antennes et dans les pages du JDD, accusant l'entreprise d'un supposé manque de "neutralité", de "pluralisme" et d'"indépendance".
Les deux dossiers, respectivement longs de près de 80 et 60 pages, s'appuient sur de nombreux extraits d'émissions déjà transmis en septembre à l'Arcom dans un courrier commun signé par Delphine Ernotte et Sibyle Veil. Les dirigeantes y dénonçaient une "campagne de dénigrement systématique et quotidienne", exacerbée par l'affaire Thomas Legrand-Patrick Cohen.
Depuis la diffusion d'une vidéo publiée par le média conservateur et controversé "L'Incorrect", dans laquelle une phrase de Thomas Legrand - "Nous, on fait ce qu'il faut pour Rachida Dati" - a été instrumentalisée par CNews, Europe 1 et le JDD, les attaques s'étaient intensifiées.
Sur CNews, Pascal Praud a rapidement répliqué dans "L'Heure des pros 2". "S'ils attaquent, on va attaquer", a-t-il promis à l'antenne, estimant que les critiques contre l'audiovisuel public ne sont que des "réponses" à leurs attaques. Il en a profité pour cibler une parodie récente de Bertrand Chameroy, qualifiée de "dégueulasse".
France Télévisions réclame à lui seul un million d'euros de dommages et intérêts. Radio France demande un montant "qui ne saurait être inférieur à 500.000 euros". Un choix assumé mais risqué, selon certains acteurs du secteur, qui redoutent une escalade de la surenchère médiatique : "Étant donné la polarisation croissante des médias, on est en droit de penser que ces attaques ne sont pas épisodiques", confie un salarié du service public au "Figaro".
Le dossier échappe par ailleurs au régulateur, l'Arcom, le dénigrement relevant du droit commercial. C'est donc devant le tribunal des affaires économiques que les médias de la galaxie Bolloré devront répondre de ces accusations. La première audience est fixée au 29 janvier : un nouvel épisode dans un affrontement désormais totalement assumé.
publié le 20 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias