"Une histoire qui me déchire" : 24 ans après la "Star Academy", Olivia Ruiz se confie sur le documentaire très engagé qu'elle narre sur le dictateur Franco
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La chanteuse et romancière a répondu à nos questions sur le documentaire, "Franco, la mémoire bafouée de l'Espagne", qu'elle narre ce mercredi 19 novembre sur Histoire TV.
Le générique de la "Star Academy" 2025. - © Ilan Brakha
L'Histoire avec un grand "H"... La chaîne du groupe TF1, Histoire TV, diffusera, ce mercredi 19 novembre à 20h50, le documentaire "Franco, la mémoire bafouée de l'Espagne". Proposé à l'occasion des 50 ans de la mort du dernier dictateur d'Europe occidentale qui a régné sans partage sur l'Espagne pendant près de quatre décennies, ce documentaire est raconté par Olivia Ruiz. Souvenez-vous, en 2001, la jeune femme, alors âgée de 21 ans, participait à la toute première saison de "Star Academy". Puremedias.com a eu la possibilité d'interroger l'artiste à qui l'on doit les tubes "La femme chocolat", "J'traîne des pieds" et "Elle panique". Au programme : les raisons pour lesquelles elle a accepté de narrer ce documentaire, l'histoire de sa famille, ses souvenirs liés à la "Star Ac'", son regard sur la nouvelle génération d'académiciens, ses projets...
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Propos recueillis par Guillaume Faivre
Puremédias : Comment vous êtes-vous retrouvée aux commentaires de ce documentaire ?Olivia Ruiz : Je ne sais pas si c'est une idée de la réalisatrice ou une idée du producteur ou une idée commune. En tout cas, connaissant l'histoire de mes grands-parents et leur parcours, ils ont imaginé que je pourrais être touchée par le film et avoir envie de le porter avec eux. Et ça a été le cas ! Dès que j'ai lu les premières lignes, je me suis dit qu'il s'agissait encore là d'un de ces sujets liés à la guerre d'Espagne passé sous silence. Ce sont pourtant de tels miroirs de l'actualité que ça mérite d'être au contraire raconté, transmis et considéré.
Est-ce que c'était une évidence pour vous d'accepter la proposition de la chaîne Histoire TV ?Tout à fait ! J'avais déjà été bouleversée par un documentaire qui s'appelait "Le silence des autres" produit par la boîte de production de Pedro Almodovar et qui racontait la recherche des ossements que mènent les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants des victimes du franquisme. Ce documentaire m'avait bouleversée au point qu'il avait été une inspiration pour un tout petit passage de mon premier roman. Donc oui, ce sujet-là et le fait notamment que ça soit passé sous silence me semblaient une évidence. Concernant le documentaire "Franco, la mémoire bafouée de l'Espagne", je l'ai trouvé extrêmement clair et juste, parce que les témoignages et les interventions sont criants de vérité et extrêmement troublants.
"Ma famille n'a jamais réussi à me partager son histoire et son parcours"Olivia Ruiz
Pouvez-vous nous rappeler quel impact le franquisme a eu sur votre famille ?Alors il a eu un impact qui ressemble à celui qu'il a eu sur le restant de l'histoire puisque ma famille n'a jamais réussi à me partager son histoire et son parcours. L'une de mes grands-mères, quand je lui demandais de me raconter son arrivée en France, se mettait instantanément à pleurer avec la gorge trop serrée pour répondre à mes questions. L'autre grand-mère me disait qu'il ne fallait pas que je me pose ce genre de questions, que j'étais Française, que tout ça n'était pas un sujet. Ils me répondaient en français quand de mon côté, j'ai appris la langue espagnole et que j'étais heureuse de la parler. Mais à la fois, je savais à quel point mes grands-parents étaient touchés et émus dès qu'ils m'ont entendu m'emparer du répertoire espagnol, à ma pré-adolescence à peu près.
Il y avait toute cette ambiguïté-là : le fait de ne pas vouloir remuer les souvenirs probablement parce que trop douloureux et une transmission complètement interrompue de fait. Dans la famille en seconde génération, on a été nombreux, chez les petits-enfants, à avoir besoin de prendre possession de cette partie de nos origines. Nous sommes notamment allés chercher tous ensemble nos passeports espagnols puisque nous sommes reconnus comme binationaux en tant que porteurs de cet héritage-là. Cette démarche-là avec cette loi, qui autorisait à l'époque tous les descendants de républicains espagnols réfugiés à récupérer cette nationalité, était avant tout de l'ordre du symbolique.
Le film "Franco, la mémoire bafouée de l'Espagne" d'Histoire TV est une réparation déjà en soi. Parce qu'il s'agit d'une reconnaissance et d'une libération de la parole alors que cet homme infâme avait malheureusement l'intelligence de faire en sorte que l'information ne s'échappe pas de ses frontières, tout simplement pour garder une image intacte. Quand on sait que même des dictateurs comme Hitler ou Mussolini ont eu à demander à Franco de "lever le pied" sur ces nombreux crimes, on peut imaginer à quel point le personnage était détestable.
Quelle image avez-vous du Général Francisco Franco qui est mort il y a tout juste 50 ans ?Ce n'est pas possible d'avoir une image autre que terrifiante de cet homme. Non, c'est impossible d'avoir même un début d'opinion positive sur un homme qui a commis de tels crimes contre l'humanité, qui a réprimé les Espagnols pendant 40 ans, qui a volé des bébés, qui a endoctriné des enfants, qui a tué des brassées d'innocents, qui a créé une scission dans son propre pays entre les êtres, qui a fait en sorte qu'il n'y ait justement pas de droit de réparation ensuite avec cette amnistie qui avait très bien préparé la suite... Enfin, oui, c'est une histoire qui me déchire bien sûr !
"La "Star Academy" ? Je ne me suis pas toujours sentie à ma place"Olivia Ruiz
Assurer les commentaires d'un documentaire est un exercice assez particulier. Etait-ce une première fois pour vous ? Pas du tout, je l'ai fait plusieurs fois ! Ce fut le cas pour un documentaire qui s'appelle "Pedro Almodovar, l'insolent de la Mancha". Et je l'ai fait pour un autre qui retrace l'histoire du merveilleux Claude Nougaro. Puis j'ai souvent prêté ma voix à des dessins animés aussi. C'est un exercice que j'adore ! Il faut savoir que c'est mon premier amour, puisque ma première rencontre avec une discipline artistique était en tant qu'animatrice radio à l'âge de 6 ans dans la radio locale, Radio Marseillette, de mon village. La voix, ce n'est vraiment pas pour rien que c'est devenu mon premier instrument définitivement. Que ce soit la voix parlée ou la voix écrite, il y a quelque chose qui m'a amené ici et pas pour rien. C'est depuis la plus tendre enfance que cette voix est un outil d'expression. Cela me permet de faire des choses engagées comme ce documentaire sur Franco ou plus simplement en tant qu'amoureuse de certains personnages comme Nougaro.
Vous avez été révélée au grand public grâce à la "Star Academy", quels souvenirs gardez-vous de ces années-là ? Oh, c'est lointain maintenant, mais j'en garde un souvenir ému. J'ai rencontré des gens qui encore aujourd'hui font partie par bonheur de ma vie, comme Patrice Maktav. Ce sont des cadeaux ces rencontres-là ! Et puis à la fois, parfois une petite frustration, parce que je ne me suis pas toujours sentie à ma place. A l'époque, les choses étaient très différentes du format d'aujourd'hui. Il y avait des pressions un peu plus difficiles à gérer pour les jeunes que nous étions et moins de connaissances de ce qui allait se passer. C'est une histoire d'un autre temps finalement qui ne ressemble en rien au format d'aujourd'hui, puisque nous, on essuyait les plâtres des débuts.
"On prend beaucoup plus soin des académiciens, après le programme, qu'on ne le faisait auparavant"Olivia Ruiz
Est-ce que vous regardez cette saison 13 de la "Star Ac'" ?Cette année, je n'ai pas du tout eu l'occasion de me pencher dessus. Parce que là, je ne suis qu'à tenter d'écrire, d'accoucher de mon nouveau livre. Depuis la fin de ma tournée, c'est vrai que j'ai pris un mois de vacances et je me suis consacrée à fond à ça, même si bon, il y a des petites incartades. Hier soir, Francis Cabrel recevait un prix de la SACEM pour l'ensemble de sa carrière. Évidemment, on ne refuse pas une invitation à aller faire une surprise à Francis Cabrel. Donc, je fais des petites choses quand même. Mais voilà, j'essaie d'être toute à mon livre. Ce sont des moments où j'ai du mal aller prendre de l'information dehors. Ce qui est assez étrange, mais ce qui va avec l'immersion nécessaire à être dans son histoire.
Serait-il possible de vous voir en tant qu'invitée sur un prochain prime de "Star Academy" ? J'ai eu l'occasion de venir chanter sur le plateau début 2024, donc oui, bien sûr ! Déjà il y a 2 ans, toute l'équipe m'avait invité à me rendre compte que les choses avaient changé et c'était le cas, indéniablement. On prend beaucoup plus soin des académiciens, après le programme, qu'on ne le faisait auparavant. Pour moi, c'était quelque chose qu'il fallait régler et qu'il fallait mettre en place urgemment parce que c'est un sacré changement de vie. C'est chose faite, alors c'est merveilleux !
"Devenir coach dans "The Voice" ? Je ne sais pas, peut-être que j'adorerais ça"Olivia Ruiz
Quel regard portez-vous sur les succès phénoménaux de certains académiciens "nouvelle génération" comme Pierre Garnier, Marine, Helena, Marguerite et Julien Lieb ?Je suis très très heureuse pour eux. C'est vrai que c'est un tel engagement ! Je pense que le public n'imagine pas les quelques mois qu'on passe à l'intérieur mais ce qu'on enchaîne aussi. C'est renoncer à du temps avec ses amis, à du temps avec sa famille. C'est renoncer à une jeunesse qui n'a lieu qu'une fois, ou en tout cas une bonne partie. Quand je vois le parcours de ces ex-candidats, je suis toujours très émue et touchée de voir que les choses se déroulent dans le bon sens pour eux et qu'ils font les choses à fond. Tout ça, c'est absolument mérité parce qu'ils s'engagent de tout cœur pour leur œuvre et leur carrière.
Est-ce que cela pourrait vous intéresser d'être coach dans une prochaine édition de "The Voice" ?Alors oui, c'est sûr que j'adore l'idée de la transmission et de partager mon expérience qui commence à faire sens maintenant, après quelques années. Mais en même temps, je ne sais pas, j'ai quelque chose en moi qui me retiendrait, je pense.
Il y a une petite voix qui me dirait : "Mais qui es-tu pour prétendre ?". Ouais, je ne sais pas. En fait, je n'en sais rien. Je ne sais pas, peut-être que j'adorerais ça être coach dans "The Voice". On ne m'a pas encore proposé en tout cas.
"Je travaille sur l'adaptation de mon premier roman en série"Olivia Ruiz
Vous êtes assez discrète sur les réseaux sociaux. Est-ce une volonté de votre part ?C'est vrai que je partage beaucoup quand j'ai des actus musicales et à la fois, quand je suis en écriture, je n'y arrive pas. Je suis totalement "monoproduit".
Il s'agit vraiment d'une coupure assez franche avec le reste du monde et les réseaux, à chaque fois que je suis dans ce processus-là. C'est parfois un peu dommage, mais c'est comme ça que je fonctionne. J'espère avoir fini mon livre suffisamment vite pour retrouver les copains et la vie en général.
Quels sont vos autres projets en cours ?Comme je vous le disais, je continue l'écriture de mon nouveau livre. Je travaille un petit peu aussi sur l'adaptation de mon premier roman en série. C'est une coproduction France-Espagne et je vous en dirai plus quand ce sera d'actualité. J'espère qu'on arrivera à aller au bout, même si moi, je ne fais partie que du côté écriture et encore je ne suis pas scénariste. Je suis productrice associée, je n'ai un droit de regard que sur les mots. Le casting et tout ça, ce ne sera plus de mon ressort. En tout cas, c'est très plaisant de découvrir une autre forme de réflexion, d'écriture. Même si je ne suis pas quotidiennement là-dessus, c'est chouette ! Donc vraiment, j'espère que ce projet arrivera à son terme un jour, ce ne sont pas les mêmes timings que pour faire un disque. Ensuite, je pense retrouver naturellement le chemin des studios pour tenter des petites choses quand j'aurai fini d'écrire mon livre, possiblement au printemps.
Notez qu'en plus du prime du 19 novembre sur Histoire TV, "Franco, la mémoire bafouée de l'Espagne" sera disponible en replay pendant 60 jours.
publié le 19 novembre, Guillaume Faivre , Puremédias