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"Une opération de communication" : Selon "Mediapart", BFMTV a aidé le ministre de l'éducation Édouard Geffray à devancer leurs révélations sur la scolarité de ses enfants

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Édouard Geffray aurait anticipé des révélations sur la scolarité de ses enfants dans le privé, en choisissant de s'exprimer d'abord sur BFMTV, où une interview "orchestrée" lui aurait permis de reprendre la main sur un sujet sensible.

Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray se défend de scolariser ses enfants dans le privé, "une opération de communication" selon "Mediapart" - © BFMTV

S'agissait-il d'une "opération de communication bien rodée" comme l'affirme "Mediapart" ? Le 30 octobre dernier, Édouard Geffray, nouveau ministre de l'Éducation, était l'invité du soir de BFMTV. L'occasion de l'interroger sur une question épineuse : la scolarisation de ses propres enfants dans des écoles privées. Or, selon le site d'investigation, il s'agissait "en réalité une opération bien rodée", avec l'aide de la chaîne d'info.

"Nous avons dit à son équipe que ce thème serait abordé""Le 22 octobre, 'Mediapart' avait envoyé un long questionnaire à son cabinet au sujet d'informations que nous nous apprêtions à révéler. Nous abordions la scolarisation de la plupart de ses enfants dans l'enseignement privé et le travail de sa compagne, professeure agrégée de français dans un lycée catholique privé du Val-d'Oise" peut-on lire dans l'article. "Nous lui avions laissé le temps de répondre jusqu'au 28 octobre pour une publication prévue le 30 octobre, mais le ministre n'a pas répondu. À la place, donc, ce même 30 octobre, Édouard Geffray a choisi BFMTV pour le révéler à sa manière et selon ses propres conditions."

Dès le début de l'interview sur BFM, le journaliste et présentateur Guillaume Daret l'interroge en effet sur la scolarité de ses enfants. Souriant, mais surpris, le ministre répond : "C'est une question personnelle, ça, qui touche à la vie privée, que j'ai d'ailleurs défendue dans ma carrière pour les Français", avant d'ajouter : "Pour être très transparent, mes enfants ont fait leur scolarité aussi bien dans le public que dans le privé sous contrat" et de dérouler son argumentaire.

"Vous jouez la carte de la transparence, vous avez des enfants qui sont encore scolarisés dans le privé aujourd'hui ?" insiste le journaliste. "J'en ai des deux côtés si je puis dire, aussi bien dans le privé que dans le public" répond Édouard Geffray , père de cinq enfants. "Est-ce que le message c'est que vous n'avez pas confiance dans le public ?" ajoute le journaliste. "Si je n'avais pas confiance dans le public, je ne lui aurais pas dédié un tiers de ma vie professionnelle et je ne serais pas ministre aujourd'hui" se défend son invité. "Le reste, cela relève de configurations purement personnelles." Puremédias vous propose de visionner l'extrait ci-dessus.

"Les téléspectateurs et téléspectatrices de BFMTV ignorent en effet que la surprise du ministre est feinte" assure "Mediapart". "Qu'il a lui-même choisi cette chaîne pour s'exprimer et qu'il savait que le choix du privé allait être questionné" Selon des journalistes de la chaîne d'info cités par Mediapart, "l'interview a été gérée directement par Guillaume Daret". Si le présentateur assure que sa venue était "prévue" en amont, il admet que la question était prévue au programme : "Ayant eu vent de la question de la scolarisation de ses enfants, nous avons dit à son équipe que ce thème serait abordé dans la mesure où c'est une question récurrente qui s'est posée à plusieurs de ses prédécesseurs."

Autre élément "qui a semé le trouble" selon "Mediapart", le bandeau de la chaîne, affichant la phrase "Les révélations du ministre de l'Éducation" avant même que ce dernier ne réponde à la question sur la scolarisation de ses enfants, "laissant penser que le ministre comme BFMTV savaient exactement à l'avance le contenu des questions et des réponses de cette interview" écrit l'article.

En janvier 2023, la alors ministre de l'Éducation Amélie Oudéa-Castéra s'était empêtrée dans une controverse après les révélations de "Mediapart" sur la scolarité de ses enfants, inscrits dans l'établissement privé Stanislas, un collège-lycée catholique d'élite, depuis accusé de véhiculer des propos discriminants . Elle s'était alors justifiée en évoquant "des paquets d'heures pas sérieusement remplacées" dans l'enseignement public, provoquant un tollé.

publié le 20 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias

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