Divertissements

Visé par une motion de défiance et accusé de propos discriminants, le directeur général de "20 Minutes" quitte ses fonctions

temps de lecture  2 minutes

Secoué depuis plusieurs mois par des tensions internes "20 Minutes" voit partir Ronan Dubois, arrivé en 2023 pour piloter la transition numérique du média.

Le directeur général de "20 minutes" est accusé d'avoir tenu des propos transphobes et sexistes face à une déléguée syndicale - © Abaca Press

Le communiqué est tombé ce mardi 4 novembre : les actionnaires du groupe Rossel et de SIPA Ouest-France, co-propriétaires du média "20 Minutes", annoncent le départ de leur directeur général et président de "20 Minutes TV", Ronan Dubois. Ce dernier quittera ses fonctions d'ici la fin de l'année, après deux ans à la tête du média. En attendant la nomination de son successeur, "le comité de direction de l'entreprise assumera collégialement la responsabilité échue à M. Dubois", épaulé par Sabina Gros, directrice des opérations de Rossel Advertising, qui assurera l'intérim.

Une crise de confiance interneLes actionnaires saluent "l'engagement, la détermination et la rigueur" du dirigeant, tout en soulignant "la transformation profonde et structurante du média" opérée sous sa direction. Parmi les réalisations mises en avant : la transition vers le tout digital après l'arrêt de la version papier en 2024, et l'intégration de "20 Minutes TV", plateforme vidéo qui a permis de multiplier les contenus audiovisuels. Selon le communiqué, cette stratégie s'est traduite par "des résultats d'audience historiques" à la rentrée 2025, avec une hausse de 47% des visites et de 55% de la consommation vidéo en un an.

Mais derrière ce bilan flatteur, la situation sociale était explosive depuis des mois. Le 4 juillet dernier, la rédaction de "20 Minutes" avait voté une motion de défiance contre Ronan Dubois, adoptée par 82,5 % des votants, rapporte "Challenges". Dans les rangs des journalistes, la colère montait face à ce qu'ils décrivaient comme une "brutalité systématique de la direction envers les salariés". "C'est comme s'il ne s'était rien passé", confie un journaliste, évoquant une direction "qui ne reconnaît pas le malaise".

Cette défiance faisait suite à une des accusations de propos transphobes et sexistes visant le directeur général. Lors d'une réunion interne en mai 2025, il aurait, selon un communiqué syndical, mimé une déléguée syndicale transgenre "d'une voix efféminée", avant de la qualifier de "clown". L'incident, qualifié d'"humiliant et discriminatoire" par le SNJ-CGT et le SNME-CFDT, avait conduit la salariée concernée à quitter la réunion en larmes et à déclarer un accident du travail.

Face à l'ampleur du scandale, la direction avait commandé une enquête indépendante au cabinet Plein Sens, en coordination avec l'Inspection du travail. Celle-ci a conclu à "l'absence de caractère transphobe avéré", tout en soulignant "la tension du climat social". Ronan Dubois a toujours nié les accusations, dénonçant un "malentendu" et affirmant n'avoir "jamais voulu discriminer quiconque".

Depuis, la situation n'a cessé de se dégrader. Le directeur général, qui ne participait plus aux réunions sociales depuis mai, faisait face à une rédaction vent debout contre lui. La crise sociale s'ajoute à un contexte économique très tendu. Avec l'arrêt du print en 2024 et plusieurs plans sociaux successifs - dont le dernier a supprimé 56 postes -, "20 Minutes" a vu son chiffre d'affaires chuter de 40,8 millions d'euros en 2018 à 14,3 millions en 2025. Le média, qui emploie environ 120 salariés dont une cinquantaine de journalistes, espère réduire son déficit à 900.000 euros cette année. Mais ses actionnaires ont déjà fait savoir qu'ils ne compenseraient plus les pertes à l'avenir.

publié le 5 novembre, Bruna Fernandez , Puremédias

Liens commerciaux